
VOIR
AUSSI:
Communiqués
de presse
Nouvelles
Allocutions:
Mike Moore
|

Excellence
Monsieur le Président du Faso,
Excellence Monsieur le Premier Ministre,
Monsieur le Président du Conseil d'Administration du BIT,
Excellences Mesdames et Messieurs les Ministres,
Excellence Monsieur le Secrétaire Général de l'Organisation de
l'Unité Africaine,
Monsieur le Directeur Général de l'Organisation Internationale du
Travail,
Excellences Mesdames et Messieurs les Membres du Corps Diplomatique et
Représentants des Organisations Inter-Africaines et Internationales,
Mesdames
et Messieurs,
Le
Directeur Général de l'Organisation Mondiale du Commerce (OMC),
Monsieur Mike Moore, m'a prié de le représenter à cette importante
réunion des Ministres Africains, Chargés du Travail et de l'Emploi,
qui se tient aujourd'hui à Ouagadougou autour du thème très
pertinent “l'emploi et la lutte contre la pauvreté en Afrique”.
Mon
propos sera longuement illustré par des chiffres et des statistiques.
Les
besoins et les défaillances sont vite révélés par une telle
présentation. Cependant, l'éventuel aridité des chiffres projette
parfois une impression de détachement et d'artifice face à une
situation de pauvreté qui annihile les aspirations et les ambitions
de franges considérables de populations, aussi bien au Nord qu'au Sud,
et plus particulièrement en Afrique.
La
réalité dont nous sommes saisis est dure, douloureuse, et souvent
impitoyable. Quand l'emploi déserte, quand la pauvreté progresse, ce
sont des enfants, des femmes, et des hommes qui sont atteints dans
leur dignité, qui sont fauchés dans leur élan, et qui sont
confrontés de la pire manière qui soit, aux interrogations sur le
sens de la vie.
C'est
avec ces préoccupations, présentes à l'esprit, que je vous
avancerai les vues de l'Organisation Mondiale du Commerce sur la
question de l'emploi et la lutte contre la pauvreté en Afrique.
A
l'heure de la mondialisation, la préoccupation commune est de toute
évidence la réalisation du développement durable pour tous,
celle-ci étant comprise comme un développement qui répond aux
besoins du présent sans compromettre la capacité des générations
futures de répondre aux leurs.
Cette
nouvelle situation permet d'ailleurs de comprendre facilement qu'il
est impensable de dissocier la recherche du développement de la lutte
contre la pauvreté. Et tous les efforts de la communauté
internationale sont aujourd'hui focalisés sur la recherche de
solutions appropriées pour réduire de façon drastique la pauvreté
dans les prochaines années. La Déclaration du Millénaire des
Nations Unies, les décisions de la quatrième Conférence
Ministérielle de l'OMC, tenue à Doha en novembre 2001, le Consensus
de Monterrey sur le financement du développement, le Sommet sur le
Financement du Nouveau Partenariat pour le Développement de l'Afrique
(NEPAD), qui vient de se tenir à Dakar au Sénégal, le Sommet
Mondial sur le Développement Durable, prévu à Johannesburg en
Afrique du Sud en septembre 2002, s'inscrivent au nombre des
efforts déployés par la Communauté Internationale dans ce sens.
Cependant,
force est de constater que bien que la planète n'ait jamais produit
autant de richesses et que les échanges entre les hommes n'aient
jamais été aussi nombreux et importants en volume, la production
mondiale étant aujourd'hui 50 fois supérieure à son niveau de 1820
pour une population 6 fois plus nombreuse, le problème de
l'éradication de la pauvreté demeure toujours aussi aigu que par le
passé, en dépit de la croissance économique rapide enregistrée
dans plusieurs parties du monde.
En
effet, sur les 6 milliards d'habitants qui vivent sur notre planète,
et nous serons 8 milliards d'individus sur la terre dans seulement 25
ans, 1.3 milliard de personnes ont un revenu inférieur à 1 dollar
E.U. par jour pour vivre et 2.8 milliards d'individus ont moins de 2
dollars E.U. par jour. Bien que le dernier rapport de la Banque
Mondiale montre qu'il y a eu une diminution, entre 1987 et 1998, du
pourcentage des personnes vivant dans l'extrême pauvreté, soit de
28.5% à 26.2% pour ceux qui doivent vivre avec moins de 1 dollar et
de 61% à 56% pour ceux qui se contentent de 2 dollars, la stagnation
voire la détérioration sont visibles si on regarde le nombre absolu
de personnes pauvres.
A
titre d'illustration, nous pouvons souligner le fait que sur 4.6
milliards d'individus vivant dans les pays en développement, plus de
850 millions sont analphabètes, plus de 325 millions d'enfants en
âge de fréquenter l'école ne sont pas scolarisés, 11 millions
d'enfants de moins de 5 ans succombent chaque année à des maladies,
soit près de 30.000 décès par jour, 840 millions de personnes
souffrent de malnutrition, près de 1 milliard d'individus n'ont pas
accès à des points d'eau aménagés et 2.4 milliards d'hommes et de
femmes ne disposent pas d'une infrastructure sanitaire élémentaire.
Dans
les pays de l'OCDE, plus de 130 millions de personnes connaissent la
pauvreté monétaire, 34 millions de personnes souffrent du chômage
et 15% de la population adulte sont touchés par l'illettrisme selon
le rapport 2001 du PNUD. Dans les pays de l'Europe de l'Est, où l'on
constate une tendance à la baisse des indicateurs de revenu, de
scolarisation et d'espérance de vie, le nombre de pauvres vivant avec
moins de 1 dollar au quotidien a été multiplié par 20.
En
Afrique subsaharienne, le revenu par habitant est actuellement moins
élevé qu'en 1970. Il s'est même détérioré par rapport à la zone
OCDE. En 1960, il était 9 fois inférieur à celui de la dite zone et
en 1998, il était 18 fois moindre. Plus de 50 pays africains ont leur
revenu réel par habitant inférieur à ce qu'il était il y a dix
ans. Selon le rapport de la Commission Economique des Nations Unies
pour l'Afrique sur l'économie du continent en 2000, en Afrique au sud
du Sahara tout particulièrement, 52% de la population vivent avec
moins de un dollar par jour. La pauvreté extrême touche 43% de la
population urbaine et 59% de la population rurale. Le Rapport 2001 du
PNUD confirme que le nombre d'Africains pauvres est passé de 217
millions en 1987 à 291 millions d'individus en 1998 et à 310
millions en 1999.
L'Afrique
entame donc, le 21ème siècle, comme la région la plus pauvre, la
plus en retard au niveau des technologies nouvelles, la plus endettée
et la plus marginalisée du monde. Elle constitue 12.5%, de la
population mondiale, mais elle ne produit que seulement 3.7% du PIB
global et ne contribue que pour 1.7% du commerce mondial des biens et
services bien qu'exportant au moins un cinquième de son PIB annuel.
D'ailleurs,
depuis le Sommet mondial sur le développement social tenu à
Copenhague, au Danemark, en mars 1995, la communauté internationale a
fait de la diminution de la pauvreté son objectif principal. Au
nombre des engagements pris par le Sommet de Copenhague et renouvelés
lors de la Session extraordinaire de l'Assemblée Générale des
Nations Unies sur le développement social, tenue à Genève en juin
2000, figurent l'éradication de la pauvreté et la réalisation du
plein emploi.
Le
rapport du Millénaire du Secrétaire Général des Nations Unis
souligne le fait que, sur un total de 3 milliards de travailleurs que
représentent les forces de travail au niveau global, 140 millions de
travailleurs sont sans emploi, et un quart à un tiers d'entre eux
sont sous employés. Dans les pays en développement, les secteurs non
régis par le droit occupent entre 50 à 70% de l'ensemble de la
main-d'oeuvre.
En
Afrique, et de façon générale, la croissance de l'emploi a été
inférieure à celles de la population active et du Produit Intérieur
Brut dans chaque pays, au cours de la décennie écoulée. Plus grave
encore est le recul de l'emploi dans le secteur public. Celle-ci
s'accompagne d'une situation dans laquelle une grande proportion des
nouveaux emplois créés, l'ont été dans le secteur informel où les
conditions de travail et de productivité sont des plus précaires.
Ainsi,
le problème de l'emploi demeure préoccupant sur le continent,
surtout que les prévisions en la matière indiquent un taux de
croissance de 2.9% par an de la population active entre 1997 et 2010,
ce qui implique l'entrée sur le marché du travail, chaque année, de
8.7 millions nouveaux demandeurs d'emploi. La permanence de la crise
de l'emploi, ôte à celui-ci, la possibilité de jouer le rôle
stratégique attendu dans le développement économique et social et
d'être le facteur clé dans la lutte contre la pauvreté et
l'exclusion sociale observée sur le Continent.
La
pauvreté sous toutes ces formes constitue la plus grave menace pour
la paix, la démocratie, les droits de l'homme et l'environnement.
C'est même une bombe à retardement contre l'essence même de la
liberté. Mais elle peut être vaincue et nous avons entre les mains
les outils essentiels pour le faire. Il nous faut avoir le courage et
la volonté de les utiliser correctement et de façon ciblée. En
effet, les pays pauvres ont besoin d'une croissance qui les tire de la
pauvreté. Le commerce peut être un important moteur de cette
croissance, mais actuellement les produits des pays en développement
se heurtent à de nombreux obstacles pour accéder aux marchés des
pays riches.
Comme
le stipule clairement le préambule de l'Accord de Marrakech,
instituant l'Organisation Mondiale du Commerce, les principaux
objectifs de l'OMC sont le relèvement des niveaux de vie, la
réalisation du plein emploi et d'un niveau élevé et toujours
croissant du revenu réel. Il n'est pas superflu de rappeler aussi que
l'OMC est attachée au respect des normes du travail reconnues au
niveau international et, bien entendu, convaincue que l'OIT est
l'organisme compétent pour s'occuper d'elles. Comme vous le savez
tous, le métier de l'OMC est d'offrir un ensemble de règles
arrêtées d'un commun accord pour assurer la conduite ordonnée des
échanges commerciaux entre ses Membres, en leur permettant de les
renforcer de manière rationnelle et d'en récolter les fruits.
Comme
le rappelait judicieusement le Directeur Général de l'OMC, Monsieur
Mike MOORE, le 18 mars dernier à une réunion de l'Organisation
Internationale du Travail, à Genève, la libéralisation du commerce
a pour effet, en premier lieu, d'abaisser les prix des biens de
consommation et d'élargir l'éventail des choix des consommateurs,
tout en permettant aussi la réaffectation des facteurs de production
à des activités à plus forte productivité. Tous ces aspects ont
certainement un effet bénéfique sur le bien-être des gens au sein
de l'économie qui est en cours de libéralisation, y compris les
travailleurs. Ces derniers y gagnent parce qu'ils sont eux-mêmes
consommateurs et tirent donc profit de la baisse des prix comme de
l'élargissement des choix offerts aux consommateurs. Certains d'entre
eux en tireront aussi avantage parce qu'ils verront augmenter la
demande des services qu'ils fournissent, ce qui rejaillira
favorablement sur leurs possibilités d'emploi. À titre d'exemple, la
Banque mondiale a constaté dans un rapport très fouillé sur la
réforme du commerce dans les pays en développement que, dans huit
des neuf pays considérés, l'emploi dans le secteur manufacturier
avait augmenté un an après la période de libéralisation.
Cependant
et bien que la libéralisation du commerce permette d'améliorer la
situation matérielle des travailleurs pris globalement, elle peut
entraîner des conséquences défavorables pour certains d'entre eux
par deux mécanismes.
Le
premier mécanisme a trait au fait que la libéralisation du commerce
aboutira parfois à une réduction permanente de la demande de
certains types de services de main-d'œuvre. Les travailleurs qui
fournissent ces services risquent de voir leur situation matérielle
empirer définitivement du fait de la libéralisation, et , c'est ce
qui s'est passé pour les travailleurs peu qualifiés dans les pays
industrialisés mais, étant donné que l'économie dans son ensemble
gagne à la libéralisation du commerce, il sera possible de
dédommager ces travailleurs pour que tout le monde se retrouve dans
une situation meilleure. Pour atteindre ce but, il faut que des
mécanismes de redistribution appropriés soient en place au niveau
national.
Le
second mécanisme renvoie aux effets potentiels à court terme de la
libéralisation du commerce sur les travailleurs. Dans les secteurs
qui font concurrence aux importations, certains risquent de perdre
leur emploi et d'être temporairement au chômage avant de trouver un
nouvel emploi. Ils peuvent ainsi avoir à traverser une période
durant laquelle ils toucheront un revenu faible mais devront engager
des dépenses avant de trouver un nouvel emploi. Même si celui-ci
peut en fin de compte améliorer leur situation matérielle, cette
période de transition risque de leur imposer une charge très lourde.
Pour
tout dire, la libéralisation du commerce peut entraîner des coûts
d'ajustement et peut rejaillir sur la répartition intérieure des
revenus. Nous ne pensons pas pour autant que les problèmes de coûts
d'ajustement et de répartition des revenus constituent alors des
arguments sérieux face à la libéralisation du commerce. Raison pour
laquelle, on ne peut en parler ou la mettre en œuvre que par la mise
en place des politiques et institutions nationales requises. C'est à
ce prix que tout le monde peut y gagner.
Je
voudrais vous redire la conviction de l'OMC que la libéralisation du
commerce peut apporter énormément à la création de ressources pour
le financement du développement. La Banque mondiale estime d'ailleurs
que la suppression de tous les obstacles au commerce pourrait faire
augmenter le revenu mondial de 2.800 milliards de dollars et
sortir 320 millions de personnes de la pauvreté d'ici à 2015.
L'élimination de tous les obstacles tarifaires et non tarifaires
pourrait se traduire, pour les pays en développement, par des gains
de l'ordre de 182 milliards de dollars dans le secteur des
services, 162 milliards dans le secteur manufacturier et
32 milliards dans le secteur agricole.
De
fait, les subventions à l'agriculture des pays de l'OCDE atteignent
un niveau trois fois plus élevé que leur aide totale aux pays en
développement et équivalent à deux tiers du PIB total de l'Afrique.
Le Secrétaire Général de l'ONU recherche 10 milliards de dollars
pour combattre le Sida, ce qui ne représente que 12 jours de
subventions, en dollars.
Je
demeure convaincu qu'il est d'importance vitale pour les emplois et
les entreprises partout dans le monde que le cycle de négociations en
cours dans le cadre du Programme de Doha pour le développement, soit
mené à bien. Cela se comprend aisément dans la mesure où la
mondialisation se traduit effectivement par la création de nombreux
emplois dans les pays en développement et son incidence potentielle
sur la pauvreté peut être considérable.
Le
commerce n'est évidemment pas le seul facteur de développement.
D'autres questions ont également de l'importance, comme l'allègement
de la dette, les relations entre les entreprises, les pouvoirs publics
et la main-d'oeuvre, les investissements dans le capital humain, la
technologie, l'éducation, la santé et la protection sociale, les
politiques de change, les politiques fiscales et j'en passe. Des
organisations autres que l'Organisation Mondiale du Commerce sont là
pour s'occuper de ces questions.
Pour
terminer, je voudrais exprimer toute notre gratitude au gouvernement
burkinabé et au Secrétaire Général de l'OUA, son Excellence
Monsieur Amara Essy, pour l'invitation qu'ils ont adressée au
Directeur Général de l'OMC à cette rencontre. Tout en exprimant nos
remerciements aux Organisateurs pour la qualité de l'accueil, je
terminerai mon propos en renouvelant la disponibilité du Secrétariat
de l'Organisation Mondiale du Commerce pour assister les pays
africains dans leurs efforts pour vaincre la pauvreté afin que
s'installe le développement durable.
Je
vous remercie.
|
|