
 Les
déclarations de Doha et de Monterrey marquent un tournant dans la
lutte contre la pauvreté. Le message essentiel est qu'il faut
associer aide et commerce si l'on veut que les plus démunis – soit
plus de 1 milliard de personnes vivant dans la pauvreté absolue –
tirent parti des possibilités offertes par la mondialisation. Faire
en sorte que les pauvres aient toutes les chances de participer aux
échanges, et orienter notre assistance de manière à leur en donner
les moyens, n'est pas seulement correct du point de vue de la morale
mais se justifie aussi du point de vue économique.
Nous
nous félicitons donc de ce que les Ministres de l'OCDE, réunis cette
semaine, se proposent d'accorder une attention particulière au
commerce et au développement. Nous espérons qu'ils encourageront les
actions qui s'imposent pour que les objectifs de développement du
programme de Doha puissent être atteints à temps, c'est-à-dire dans
un délai de 30 mois. Et nous les invitons à indiquer clairement
comment les progrès accomplis dans la réalisation de ces objectifs
seront suivis. Les perspectives de réforme des politiques de soutien
de l'agriculture et des régimes textiles, allant dans le sens
d'interventions moins préjudiciables aux possibilités économiques
des pauvres, revêtent une importance particulière.
Un
accroissement du protectionnisme de la part d'un pays quel qu'il soit
a des effets négatifs. Il compromet les perspectives de croissance
là où il est particulièrement important de les favoriser. Il envoie
de mauvais signaux et risque de réduire la capacité des
gouvernements, où qu'ils se trouvent, à susciter un appui en faveur
de réformes axées sur le marché. Comment les dirigeants des pays en
développement, ou dans n'importe quelle capitale, peuvent-ils plaider
la cause d'une économie plus ouverte si la voie dans ce domaine n'est
pas tracée par les nations riches.
Les
progrès réalisés en matière de libéralisation réciproque dans le
cadre de l'OMC constituent le meilleur moyen de garantir le partage
des bienfaits du commerce et leur ancrage dans un cadre réglementaire
multilatéral. Mais les pays en développement ne doivent pas attendre.
Au cours des années 90, les échanges Sud-Sud ont connu une expansion
plus rapide que le commerce mondial, et représentent désormais plus
d'un tiers des exportations des pays en développement. Cependant, les
obstacles que rencontrent ces échanges sont encore plus importants
que ceux auxquels se heurte le commerce avec les pays industrialisés.
Les avantages de la libéralisation résultent pour l'essentiel
d'initiatives internes. La viabilité des politiques commerciales
dépend rarement des politiques menées par les autres.
Nous
ne devons pas oublier que c'est à Doha que les pays riches se sont
engagés pour la première fois à aider les pays en développement à
renforcer leurs capacités afin que ceux-ci soient mieux intégrés au
système commercial mondial. Il est important qu'ils respectent cet
engagement.
Nous
restons convaincus que les engagements pris à Doha et à Monterrey
conduiront à l'instauration d'un système commercial multilatéral
qui donnera aux pauvres des moyens d'agir. Nous devons toutefois aller
au-delà des mots, résister fermement au protectionnisme, quelle
qu'en soit la forme ou la justification, et promouvoir des politiques
qui favorisent la croissance économique et la prospérité.
Mr.
Horst Köhler
Directeur général
Fonds monétaire international |
Mr.
Michael Moore
Directeur général
Organisation mondiale du commerce |
Mr.
James D. Wolfensohn
Président
Groupe de la Banque mondiale |
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